La 21e Conférence des parties (COP21) approche à grands pas et l’un des sujets principaux est l’effort que les pays en développement sont capables de fournir pour réduire leurs émissions de gaz à effet de serre. Ils doivent faire face à une équation complexe car en plus de cet enjeu, ces pays doivent assurer leur développement économique, maîtriser leur croissance démographique toujours plus forte, le tout avec des moyens limités. Comment faire pour trouver la bonne solution ?

La difficile promesse des 100 milliards d’aide

Pour atteindre l’objectif de limiter la hausse de la température de la planète à 2°C d’ici à 2100 la mobilisation doit être mondiale, avec une collaboration de l’ensemble des pays du globe, riches comme pauvres. Les pays développés n’ont en effet pas d’autres choix que d’aider les pays en développement à financer leurs plans d’actions concrètes de limitation des émissions.

C’est pour cela que le 7 Septembre dernier, le Président Hollande annonçait en conférence de presse les « risques d’échec » qui pèsent sur la COP. Les pays développés avaient promis à Copenhague 100 milliards de dollars annuels. Somme qui n’a jamais été vraiment mise sur la table.

Mais tandis que les pays développés refusent de s’impliquer dans les projets du Sud, certains pays en développement s’engagent concrètement pour démontrer le réalisme de leurs ambitions et débloquer les financements nécessaires.

Des engagements ambitieux des PED…

À un mois du rendez-vous, 149 pays sur les 196 qui participeront théoriquement aux négociations ont publié leurs engagements.

39 pays en développement ont précisément chiffré leurs ambitions climatiques. Parmi eux, 20 font partie des Pays les Moins Avancés (PMA). Le constat est que malgré les besoins liés à leur croissance, leur volonté de contribuer à l’effort climatique est bien réelle et leurs engagements sont ambitieux. 28 d’entre eux se sont engagés à avoir des émissions par habitant inférieures à 2 teqCO2/habitant en 2030 : un vrai défi pour des pays qui ont besoin de sources d’énergie bon marché pour leur développement.

…mais disparates

Toutefois, l’appellation PED recouvre autant de contextes socio-économiques et d’ambitions climatiques que de pays. Par conséquent, arrêtons-nous sur quelques cas remarquables.

Focus sur l’Afrique :

Afrique

À la pointe de l’engagement du Sud pour le climat, un grand nombre de pays africains affichent des ambitions étonnantes. A J-60, 15 pays africains avaient déjà annoncé leurs contributions.

La Tunisie présente le projet le plus ambitieux du Maghreb : une réduction de 41% de ses GES d’ici à 2030, en réduisant de 30% sa consommation d’énergie fossile au profit du solaire et de l’éolien.
Le Gabon a annoncé une réduction de plus de 50% de ses GES d’ici à 2030 et des mesures d’adaptation pour protéger son littoral, menacé par la montée des eaux.
L’Éthiopie s’engage à réduire de plus de 60% ses émissions de GES d’ici à 2030. Cela signifie qu’en 2030, avec ses 138M d’habitants (contre 92 aujourd’hui) et alors que 80% de la population n’a encore aujourd’hui accès qu’au bois pour se chauffer, le pays émettra 1,5 fois moins de GES par tête. Grâce notamment à la mise en place d’une politique agricole plus respectueuse de l’environnement et à une gestion plus durable de ses forêts, le Cameroun s’engage à réduire de 32% ses GES d’ici à 2035. Cet effort est d’autant plus notable que le PIB par habitant du pays se situe au 148ème rang mondial (2013 , calculé sur la base de la Parité de Pouvoir d’Achat).

D’autres pays ambitieux :

Le Bhoutan et le Costa Rica, têtes de file des PED, affichent l’ambition d’avoir une économie décarbonée d’ici à 2030.
BhoutanPour atteindre cet objectif, le Bhoutan entend notamment développer le secteur hydroélectrique et la production de biogaz.
Costa RicaLe Costa Rica s’engage à développer des installations géothermiques, en soutien aux centrales hydrauliques qui couvrent déjà une part majoritaire de la production d’électricité du pays.
HaitiAnecdotique à l’échelle mondiale, mais ambitieux pour l’un des pays les plus pauvres du monde, Haïti prévoit de diffuser 1 million de lampes à basse consommation en substitution des ampoules incandescentes d’ici à 2030.

Focus sur les pays du G20 en développement :

Parmi les pays membres du G20, ce sont le Mexique et le Brésil qui présentent les objectifs les plus ambitieux.
MexiqueLe Mexique s’engage à atteindre un taux de 4,1 teqCO2/habitant en 2030, contre 6,2 aujourd’hui. Et ce malgré plus de 20 millions d’habitants supplémentaires.
BrésilLe Brésil, quand à lui, prévoit d’atteindre 5,3 teqCO2/habitant majoritairement grâce à son engagement à restaurer 12 millions d’hectares de sols et à stopper la déforestation illégale.

D’autres ambitions plus modérées…

IndeChineL’Inde et la Chine, potentiels plus gros émetteurs de GES dans les années à venir et aux hypothèses de croissance très fortes, ont présenté des objectifs de réduction des émissions inférieurs à leurs moyens. À noter toutefois que ces deux pays semblent s’engager progressivement dans la voie de la transition énergétique, à l’image de l’Inde qui prévoit de produire son électricité à 40% à partir d’énergies non-fossiles d’ici à 2030.

… voire à contre-courant

Et certains pays en développement semblent aller à contre-courant de la mobilisation mondiale pour le climat.
TurquieEn première ligne de ces « mauvais élèves », la Turquie prévoit un doublement de ses émissions par habitant, avec un projet de construction de 75 nouvelles centrales à charbon… Ce chantier est justifié par la volonté du gouvernement turc de doubler la génération nationale d’électricité à partir de charbon d’ici à 2020 en réponse à une demande nationale toujours plus forte.

Qui sont les absents ?

Absent

Le silence actuel des pays producteurs de pétrole est inquiétant. L’Arabie Saoudite (pourtant membre du G20…), le Qatar, l’EAU, le Venezuela, l’Iran, l’Oman, le Nigeria, l’Angola, entre autres, n’ont pour leur pas rendu de contribution. Nous vous proposerons prochainement un éclairage sur la transition de ces pays pétroliers vers une économie décarbonée.

 

Certains pays en développement, africains en tête, ont démontré leur volonté de s’engager. Mais ils conditionnent leur engagement à des aides financières ou technologiques des pays riches ce qui renvoie à la promesse de Copenhague.

 À court terme, les pays développés possédant les technologies, ces investissements se feront en faveur de leur balance commerciale. À long terme, le coût de l’adaptation au changement climatique sera autrement plus élevé que les montants en jeu aujourd’hui. Des arguments que les pays du Sud devraient marteler dans les prochaines semaines pour convaincre les pays du Nord.