La 21ème Conférence des Parties (COP : Conference of the parties) de la Convention Cadre des Nations Unies sur le Changement Climatique (CCNUCC) est un sommet annuel réunissant 196 États et visant à prendre des décisions communes liées au changement climatique. Elle se tiendra au Parc des Expositions de Paris-Le Bourget du 30 novembre au 11 décembre 2015.

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Le temps passe et les marges de manœuvre pour limiter le réchauffement climatique à 2°C s’amenuisent.

Dans quelques semaines, des représentants du monde entier vont une nouvelle fois se réunir dans l’optique de convenir d’un accord suffisamment ambitieux pour parvenir à cet objectif. Ces 12 jours sont cruciaux pour l’avenir du climat et nous vous proposons quelques clés pour comprendre les enjeux et les objectifs de la 21ème Conférence des Parties (COP21).

La nécessite d’inverser la courbe du Co2 devant l’urgence climatique

Il y a des chiffres qui font froid dans le dos, et même la banquise ne dira pas le contraire. D’après le dernier rapport de l’IPCC[1] (GIEC en français), sur la tendance actuelle des émissions de gaz à effet de serre, la banquise aura perdu près de 94% de sa surface d’ici 2100. Et ce ne sont pas des températures infernales qui auront raison d’elle, mais bien quelques degrés supplémentaires. Le scénario le plus optimiste prévoit d’ailleurs une fonte de 43% d’ici 2100.

Or ce scénario le plus optimiste est celui  en faveur duquel le monde se réunit cette année, car c’est bien l’augmentation de 2°C d’ici 2100 qui est perçue comme la plus improbable pour les scientifiques.

Il s’agit aujourd’hui d’inverser la courbe du carbone en constante augmentation depuis 1960. L’enjeu n’est à ce jour plus de limiter nos émissions de CO2, mais bien de les supprimer à l’horizon 2100. L’objectif est en fait de limiter la concentration de CO2 à 450PPM[2], sachant que la barre symbolique des 400 PPM a récemment été franchie. A plus courte échéance, le scénario du GIEC implique, selon les scénarios, une réduction de 50% à 70% des émissions globales à horizon 2050 pour espérer rester sous la barre des 2°C.

Le futur de la coopération internationale sur l’évolution du climat est en jeu

Fotolia_90215271_Subscription_Monthly_MNon seulement les enjeux sont liés au changement climatique et à ses conséquences, mais aussi au futur de la coopération internationale en faveur du climat, menée par une commission spéciale du secrétariat général des nations unies dédiée au changement climatique.

Depuis le sommet de Rio en 1992, force est de constater que cette organisation internationale n’est  jusqu’à présent pas parvenue à fédérer les parties autour de mesures permettant de limiter l’impact des activités humaines sur le climat, et ce manque de résultat laisse présager une remise en question de sa légitimité.

Retour sur les grandes dates des négociations sur le climat

Cela fait bientôt 20 ans que les Nations Unies mènent les négociations sur le climat, depuis le sommet de Rio en 1992 qui avait marqué une reconnaissance globale de l’effet des activités humaines sur le climat. Le protocole de Kyoto signés en 1997 par tous les états, excepté la Chine et les États-Unis[3], devait être l’instrument légal encadrant les émissions de CO2. Mais devant le refus de ces deux nations de ratifier le protocole, celui-ci n’a jamais produit les effets escomptés.

Il a fallu attendre le sommet de Copenhague de 2009 pour que les nations se réunissent une nouvelle fois avec la ferme intention d’encadrer les émissions de GES à l’échelle mondiale. Néanmoins, le sommet n’a pas accouché du cadre juridique espéré et ne s’est soldé que par des déclarations de chacun des États de diminuer leurs émissions à l’horizon 2020, avec pour la première fois l’objectif de limiter le réchauffement climatique à 2°C.

Une préparation en amont visant à déterminer les écarts entre la contribution des États et l’objectif final

Les conférences de Varsovie puis de Lima, respectivement en 2013 et 2014, ont par la suite préparé le terrain pour la conférence de Paris (COP21), avec cette fois-ci la volonté d’anticiper les négociations sur la base d’engagements de chacun des États, publiés en amont du sommet. Ces engagements, ou contributions, sont libres[4] et c’est à la discrétion de chacun de choisir l’assiette de référence, l’objectif de réduction, voire le périmètre des sources de GES ou la définition des GES eux même.

Par conséquent les États ont publié des contributions très variées et le secrétariat de la CCNUCC[5] est aujourd’hui chargé de les agréger dans un rapport de synthèse d’ici au 1 er Novembre 2015, afin de mesurer l’écart entre les engagements et les impératifs de réduction des GES correspondant à l’objectif des 2°C.

L’inclusion des entreprises et de la société civile

La COP21 est le premier sommet qui convie les entreprises et la société civile aux négociations. Chacun des pays est invité à recenser des solutions en faveur du climat émanant d’entreprises, d’ONG voire même de collectifs de particuliers. Cette approche « Bottom-up » rompt avec l’approche « top-down » trop souvent en vigueur lors de processus de négociations internationaux. Beaucoup perçoivent d’ailleurs dans cette nouvelle approche les fondations d’un cercle vertueux.

Une ferme volonté de parvenir à un traité international légiférant la feuille de route de chacun des participants

Ce sommet est très attendu car il pourrait se traduire par un accord contraingnant encadrant les émissions de GES au cours des 10 ans à venir, à travers des objectifs de réduction concrets ayant force obligatoire pour toutes les parties.

Néanmoins, si l’on sait qu’un instrument est en préparation, aux mains d’un groupe de travail de l’ONU appelé Ad Hoc Working Group on the Durban Platform for Enhanced Action (ADP)[6], aucun détail sur le contenu, ni  la forme légale de l’instrument, n’a filtré.

Il est probable que cet instrument fournisse les bases d’un traité international applicable à toutes les parties, mais même si c’était le cas, aucune information n’a non plus été donnée sur la valeur contraignante de l’instrument.

Alors COP ou pas COP ?

Sur la base des contributions  déjà soumises par l’ensemble des dites Parties, le Climate Action Tracker (CAT)[7] a récemment alerté de l’insuffisance des objectifs climatiques. Il existerait un fossé de 17 à 21 milliards de tonnes pour l’année 2030, ce qui représente plus du tiers de nos émissions actuelles.

Réduire nos émissions de GES de 50% à 70%  d’ici 2050 suppose de rompre avec les modèles économiques actuels et de se diriger progressivement vers une société décarbonée, à travers une transition énergétique mise en œuvre à l’échelle globale.

Or le chemin à parcourir est encore long et plus le temps passe, plus l’objectif initial s’éloigne. Pour que l’objectif des 2°C soit atteignable, il est clair qu’il faudra des coupes bien plus ambitieuses dans les émissions, notamment de la part des pays les plus pollueurs qui aujourd’hui font tout, sauf montrer l’exemple.

[1] International Panel on Climate Change

[2] Part Per Million : Mesure de concentration des gaz à effet de serre

[3] Deux nations qui émettent à elles-seules près de la moitié des gaz à effet de serre

[4] Ces contributions sont d’ailleurs appelées « contributions localement déterminées » (Intended Nationally Determined Contributions)

[5] Convention-Cadre des Nations unies sur les changements climatiques