On en a tous entendu parler : « Smart home », « maison connectée » ou encore « domotique » sont des notions très utilisées aujourd’hui. Mais que doit-on comprendre derrière tous ces termes ? Le logement 3.0 ne se réduit pas aux murs de nos maisons. Ainsi, quelle réalité se cache derrière le fait de rendre notre logement plus intelligent ?

Un état des lieux plutôt hétéroclite

Il n’existe pas de définition précise de la notion de logement 3.0. On qualifie ainsi l’ensemble des objets connectés au sein d’une habitation permettant de la rendre plus “intelligente”. Par 3.0 est introduite la notion d’internet des objets qui, elle, peut être définie comme suit : “un réseau de réseaux qui permet, via des systèmes d’identification électronique normalisés et unifiés, et des dispositifs mobiles sans fil, d’identifier directement sans ambiguïté des entités numériques et des objets physiques et ainsi de pouvoir récupérer, stocker, transférer et traiter, sans discontinuité entre les mondes physiques et virtuels, les données s’y rattachant“.

Selon une enquête menée par Enov Research en 2014 : seuls 16% des Français déclarent avoir déjà utilisé un objet connecté ; pour 64%, c’est la smart télévision qui prend la première place, suivie par la montre (5%) et la domotique (5%). Malgré une place légèrement en retrait pour la domotique, les Français restent optimistes quant à l’utilisation des objets connectés au sein de leur logement. Un fort décalage peut néanmoins se créer lorsque certaines idées peinent à trouver une réalité. C’est par exemple le cas lorsque la demande de connexion entre le four et le réfrigérateur a été formulée.

L16bd3ce5-06a7-476a-be2f-afb41456c3caes priorités mises en avant par les français demeurent néanmoins accessibles : chauffage, volets / stores et gestion de l’éclairage restent en tête. Il s’agit d’ailleurs des équipements les plus facilement trouvables sur le marché. Ces usages répondent à une vraie demande des Français. Ces derniers souhaitent diminuer leur facture d’électricité, réguler la température ou encore fermer leurs stores à distance pour éviter les intrusions. Cependant, tout le monde n’est pas touché de la même manière par le logement 3.0. En effet, les personnes âgées sont peu équipées de smartphones permettant de relier différents objets connectés à une application et de les commander à distance. Cela pose la question de l’adoption des objets connectés et de la définition de nouveaux usages.

Un autre élément non négligeable à prendre en compte est le coût d’acquisition des objets constituant une maison connectée. Si se doter d’une smart télévision semble maintenant possible pour tous puisque regarder la télévision est un usage existant, la question se pose lorsqu’il s’agit de se munir d’une station météo personnelle Netatmo à 170€. En effet, dans un contexte de crise économique, les dépenses du marché de masse se concentrent plutôt sur la satisfaction des besoins primaires et secondaires. Or, pour l’instant, les Français n’ont pas encore assimilé dans leurs besoins du quotidien celui de mesurer la qualité de l’air, le niveau sonore ou encore l’humidité de leur domicile.

S’il existe aujourd’hui plusieurs types d’objets connectés permettant de faire évoluer son logement, seul le secteur de l’énergie semble vraiment tirer son épingle du jeu à ce stade.

Le logement 3.0 : réponse à de vrais usages ou simple “gadgetisation” de la maison ?

Dans les faits, les Français sont largement équipés de téléviseurs et d’équipements audio et vidéo connectés. Ces objets sont la résultante d’objets déjà existants au sein desquels une technologie supplémentaire a été incorporée. Ces précurseurs de la maison connectée n’ont pas eu de problème à être adoptés par une grande majorité des Français. Un autre usage les suit de près : la régulation de l’énergie. Dans une société où se chauffer devient un luxe, les Français sautent le pas et investissent dans des objets leur permettant d’observer leur consommation et de la maîtriser. Le coût et le retour sur investissement peuvent constituer de vrais freins pour les personnes souhaitant s’équiper.

linky1Tandis que de plus en plus de fournisseurs d’énergie proposent des services permettant de diminuer sa facture d’électricité ou de gaz, les résultats ne sont pas forcément au rendez-vous. Les opérateurs télécoms s’y mettent eux aussi. C’est notamment le cas de SFR qui propose une box connectée à Internet et offrant des prestations d’objets connectés capables d’être utilisés en dehors de la maison. Les compteurs communicants Linky et Gazpar se font ainsi attendre sur le marché et on en espère une utilisation de la donnée permettant aux Français de faire de véritables économies.

Mais tout ceci n’est-il pas trop superficiel ? La véritable perspective des objets connectés est d’assurer le confort des habitants. On laisserait par exemple un robot centralisé tout faire à notre place et anticiper nos besoins. Ainsi, le biais des objets connectés est le caractère gadget de certains usages. Par exemple, la Mother de Sen.se offre la possibilité grâce à des cookies à coller chez soi de suivre si la famille s’est correctement brossée les dents, savoir dans combien de temps il faudra racheter du café ou encore à quel moment le réfrigérateur a été ouvert. Le seul usage proposé par la Mother pouvant être le plus facilement adopté concerne la thématique énergie. En effet, le reste des usages ne fait pas encore partie du quotidien des habitants et adresse des besoins plus secondaires. Une question se pose alors : l’ajout de fonctionnalités autour d’un usage de base vaut-il vraiment la différence de prix ?

Pour éviter les écueils, l’une des perspectives du logement 3.0 serait d’aller un cran plus loin en injectant du machine learning dans les objets. Cela permettrait d’offrir un peu plus que des scénarios domotiques écrits d’avance ou commandés à distance par les habitants du foyer. On pourrait par exemple imaginer que notre logement décide seul de baisser les volets quand il détecte un pic de froid et que personne n’est à la maison.

La sécurité, un enjeu à ne pas minimiser

La sécurité du logement est une préoccupation majeure des Français. Avec un cambriolage toutes les deux minutes en France, les Français ressentent le besoin de se protéger. D’ores et déjà, des entreprises se sont mises sur le coup et proposent des offres de télésurveillance connectée permettant d’avoir les images directement sur son smartphone. Cette possibilité permet aux utilisateurs de voir en temps réel ce qu’il se passe chez eux mais ils n’ont pas forcément de moyen pour réagir.

Ainsi, certains acteurs du marché se sont spécialisés dans la télésurveillance et la mise en place d’interventions si cela est nécessaire. Les images sont gérées à distance par un centre et les particuliers continuent de pouvoir accéder à leurs images. Mais se sent-on toujours chez soi si nous devons montrer à des inconnus notre intérieur alors que l’essence même de s’équiper de télésurveillance est d’empêcher des individus de pénétrer chez soi ? La maison constitue un endroit protégé pour le sens commun et ce type d’objets connectés peut poser la question de la limite de la propriété et de l’accès aux données. Qu’en est-il si une alerte se déclenche sans raison et que les télé surveillants ont accès à nos images ?

digital data securityLe logement 3.0 impliquant une connexion à Internet pour faire fonctionner les différents objets connectés, la notion de sécurité est d’autant plus mise en avant. Cela peut d’ailleurs remettre en cause le « tout connecté ». En effet, si notre domicile est entièrement relié à Internet, cela implique une forte dépendance quant à son fonctionnement. L’une des perspectives du logement 3.0 est de disposer d’un ordinateur central répondant à l’ensemble de nos besoins et qui pourrait même les anticiper. Il est ainsi nécessaire de regarder de près la dépendance à Internet et donc la pérennité de certains usages.

Enfin, une certaine opacité règne quant à l’utilisation de nos données par les différentes entreprises qui proposent des services autour des objets connectés. La partie visible de l’iceberg nous permet d’avoir énormément d’informations sur notre mode de vie, notre consommation et doit nous aider à améliorer notre quotidien. Mais qu’en est-il de la partie immergée correspondant au data crunching fait par les différents constructeurs de ces objets ? Les réponses ne sont pas évidentes et les Français mettront peut-être un peu plus de temps à adopter massivement les objets connectés au vu des interrogations soulevées par la sécurité.