Nantes est une ville en pleine croissance démographique : la métropole de 24 communes devrait passer de 600 000 habitants aujourd’hui à plus de 700 000 en 2030 (+17%) d’après l’INSEE. Ce dynamisme n’est pas anodin et témoigne de l’attractivité culturelle et économique de la Capitale des Ducs de Bretagne. La qualité de vie est d’ailleurs régulièrement soulignée par les nombreux palmarès des villes où il fait bon vivre (L’Express, L’Etudiant, Le Journal des Entreprises…). En 2014, la Commission de l’industrie, de la recherche et de l’énergie du Parlement européen a distingué Nantes comme la ville la plus smart de France avec Montpellier. Au-delà des récompenses et des classements, la métropole est-elle vraiment intelligente sur tous les plans ?

Critères SC

Nous vous proposons d’analyser le “degré de Smart” de Nantes au regard de ces critères.

Un territoire nantais en pleine croissance

Nantes TechL’agglomération nantaise compte 36 000 entreprises et est la troisième en France en termes de croissance d’emplois, selon l’Insee. Avec un taux de chômage local de 8,4% au premier trimestre 2013, soit deux points en deçà du niveau national, le marché du travail nantais est plutôt dynamique : “La région présente un éventail de secteurs dynamiques, comme l’aéronautique et les chantiers navals, commente-t-on à Pôle Emploi. L’industrie parvient à maintenir un certain niveau, au côté d’un tertiaire qui continue de croître.” Cette santé économique est propice au développement des start-ups. La ville a d’ailleurs reçu en novembre 2014 le label « French Tech » de l’Etat, qui distingue « les territoires les plus favorables au développement des startups ». Ce label renforce la visibilité et l’attractivité économique de la ville sur le plan international. Il récompense une « véritable stratégie de développement à 10 ans de l’écosystème » nantais et devrait se traduire par des investissements de la BPI France dans des programmes privés d’« accélération » de startups locales : un signal fort du potentiel économique de ce territoire.

Des technologies pour mieux intégrer le green dans la ville

Sur le plan environnemental, la « capitale verte européenne » 2013 (trophée décerné par la Commission Européenne) paraît sur le bon chemin : ses cent parcs et squares et ses nombreux espaces naturels et agricoles occupent 62% de la surface de Nantes Métropole ! 100% de la population nantaise vit à moins de 300 mètres d’un espace vert. L’engagement écologique de la ville a commencé il y a plus de 20 ans, avec des actions planifiées dans des Plans Climat Territorial et suivies en faveur de l’énergie et du climat : renouveau du tramway, locations de vélo, utilisation partagée de voitures, mesure du carbone, politique d’achats responsable de la collectivité, mesures pour limiter l’étalement urbain et en faveur de l’utilisation durable des terres, politique de gestion des déchets, etc. La qualité de l’air de l’agglomération a beau être critiquée sur les réseaux sociaux, tous les indicateurs européens sont en dessous des valeurs limites notamment grâce au Plan de gestion de qualité de l’air adopté en 2002. Pour compléter ce bilan environnemental positif, le Plan de prévention du bruit dans l’environnement devrait permettre de lutter contre la pollution sonore identifiée par la carte des bruits.

nantes smart

Cette volonté de mettre le respect de l’environnement au cœur des actions de la ville s’exprime au travers de sa politique de réseaux énergétiques. Nantes Métropole a pour ambition d’être une agglomération économe en énergie et productrice d’énergie renouvelable grâce à plusieurs initiatives phares inscrites à son Plan Climat et à son Agenda 21 : réduction des consommations énergétiques des acteurs publics du territoire, enfouissement des réseaux énergétiques afin d’améliorer le cadre de vie et d’optimiser l’alimentation en électricité, développement des réseaux de chaleur et des sources de production photovoltaïque et éolienne, information et sensibilisation des acteurs du territoire… Nantes Métropole est un territoire d’expérimentations des réseaux intelligents (smart grids) : par exemple, le projet EcoZA lancé en 2011 vise à déterminer les modèles de consommation de onze entreprises présentes sur la zone d’activité Erdre Active pour optimiser la performance énergétique.

Les objectifs environnementaux se traduisent aussi par une véritable volonté politique de développer les transports verts et la mobilité intelligente : le centre historique nantais est préservé et piéton, le réseau de transports est très étoffé (réseau de tramway et bus dans toute la métropole, 103 stations de vélopartage, service de bus collectifs et de tram-trains pour connecter le reste du territoire des Pays de la Loire…) et se distingue comme le plus long de France en voies propres. Le bilan est plus mitigé pour la circulation automobile, notamment aux heures de pointe : les habitants se plaignent du périphérique saturé et des embouteillages dantesques. Les prévisions de croissance démographique devraient noircir le tableau dans les années à venir. Pourtant, en comparaison des autres grandes villes françaises, INRIX® (fournisseur international d’informations trafic et d’aide à la conduite) et L’Internaute estiment que Nantes est la 9ème ville la plus embouteillée, derrière Paris, Lyon, Marseille, Bordeaux, Toulouse… La comparaison finalement positive pour Nantes et la complexité du sujet eu égard à l’équilibre zones piétonnes / développement des transports en commun / fluidité de circulation des automobiles permettent de relativiser mais ne doivent pas éluder la recherche de solutions durables de mobilité intelligente.

Une volonté forte de redonner Nantes aux Nantais

Voyage à Nantes Sur le plan culturel et social, la ville est riche d’un tissu associatif dense qui favorise la mixité sociale. L’offre culturelle est relativement importante, avec de nombreux évènements à résonance nationale voire internationale : projet des machines de l’Ile de Nantes, parcours culturel du Voyage à Nantes, festival musical La Folle Journée… Pourtant, certains riverains reprochent à la métropole d’être trop tranquille, voire de se transformer en cité dortoir. Cause possible à cette sensation de zonage croissant, la gentrification de la ville : ainsi, la croissance des prix de l’immobilier a peu à peu chassé les familles vers les zones périurbaines et est néfaste pour la mixité sociale. Ce phénomène se traduit par des quartiers contrastés en termes de dynamisme et de sécurité. Il tranche avec les efforts déployés par la municipalité pour développer une image jeune, culturelle et branchée de la ville. Le contraste entre ce marketing et l’expérience vécue par les riverains peut être déceptif.

Les initiatives de Nantes Métropole en termes de gouvernance intelligente devraient permettre aux Nantais de se réapproprier leur ville. Dans le cadre de l’ouverture de ses données publiques (cartes, horaires, chiffres, etc.) en 2011, Nantes Métropole et ses partenaires ont lancé “Rendez-moi la ville plus facile”, un appel à projets innovants réutilisant les données publiques disponibles sur le site Internet data.nantes.fr. Ce concours, ouvert aux citoyens, étudiants, développeurs, start-ups locales, etc., a donné naissance à de nombreuses applications, dont Green Raid, qui partage tous les bons plans « green et cool » à Nantes : trouver autour de soi une aire de covoiturage, un producteur fermier, un spot de sieste, une friperie…

Green Raid

Alors Nantes, ville smart ? La ville se donne en tous cas les moyens de cette ambition et rayonne de plus en plus sur le plan international. Elle va devoir relever le défi de l’explosion démographique et de ses conséquences en termes de mixité sociale, de saturation des transports collectifs et des réseaux routiers, de gentrification et de pollution. Des points noirs auxquels sont confrontées toutes les grandes villes, et pour lesquels la capitale des Ducs de Bretagne peut s’appuyer sur les initiatives smart dont elle est précurseur : partage des données avec les citoyens, mise en place d’un terreau favorable au développement des start-ups, volonté affichée de développer l’offre culturelle, réintégration de la nature dans la ville.

Cet article fait partie d’une semaine de publications spéciale “Smart City”, proposée sur Energystream dans la continuité de l’Energycamp. Retrouvez l’agenda de ces publications ici.