Depuis quelques années le développement de l’énergie produite par une action mécanique ne cesse de susciter des fantasmes d’un mode de production énergétique à la fois efficace et respectueux de l’environnement. Mais cet enthousiasme général est il vraiment justifié ?

 

Le mix énergétique: un éternel casse tête pour les gouvernements

Les limites du modèle allemand de production énergétique étant de plus en plus visibles ces derniers mois, on se rend compte que la politique énergétique parfaite n’existe décidément pas.

Depuis la prise de conscience progressive de l’impact environnemental que peut avoir la production l’électricité, notamment depuis 2011 et la catastrophe de Fukushima, c’est tout le modèle de mix énergétique qui est constamment remis en cause. Des pays comme la France tentent tant bien que mal de combiner au mieux les sources de production : qu’elle soit d’origine thermique, géothermique, issu de la biomasse, marine, nucléaire, solaire, éolienne ou même de plus en plus provenant du surplus des productions à petite échelle sur le territoire (voir article sur la production décentralisée), la production d’électricité pose des problèmes tant dans ses coûts de production que dans les impacts environnementaux qu’elle suppose et est régulièrement la cible des critiques les plus vives.

S’il semble bien qu’il n’existe pas de source de production parfaite, tout l’enjeu des gouvernements est donc de créer au mieux un mix énergétique le plus équilibré possible pour allier à la fois efficacité énergétique et respect de l’environnement.

La piézoélectricité: un modèle de production énergétique alternatif plein d’avenir

Néanmoins, depuis quelques mois voire quelques années, une nouvelle voie de production d’énergie a le vent en poupe : la piézoélectricité.

Du grec « piézein » qui signifie « presser, appuyer », ce procédé consiste à déformer mécaniquement, par flexion ou torsion, une lame d’espèce minérale qui se polarise électriquement. Elle permet ainsi de recueillir une tension, de mettre des électrons en mouvement, c’est-à-dire d’induire un courant électrique. C’est par exemple ce système qui permet à un allume gaz de produire une étincelle, une tension électrique déchargée brutalement qui résulte d’une forte pression cinétique.

Ce mode opératoire novateur est l’objet des espérances les plus folles. Il est même utilisé à des fins de communication, comme par exemple par la firme Renault, qui dans sa publicité pour sa Renault Twizzy, propulse le système sur le devant de la scène en France, dans un spot de 30 secondes mettant en avant le coté novateur de la marque sur fond de musique signée David Guetta.

Aujourd’hui, les exemples d’utilisation de ce mode de production d’électricité sont multiples et plus ou moins avancés. Parmi les plus notables, on trouve évidemment le concept d’une boîte de nuit à Rotterdam au Pays Bas ayant mis en place un système de « sustainable dancefloor » ressemblant à celui présenté dans la publicité Renault. Dans les faits, cette expérience permet aujourd’hui de recueillir 60% de l’ensemble des besoins électriques de la boîte de nuit simplement grâce à l’action des clients.

D’autres procédés, plus novateurs les uns que les autres, font prendre conscience du potentiel de ce mode de production :

  • Au Royaume Uni, la société Pavegen a mis au point en 2009 un système de dalles pour piéton permettant de produire de l’électricité servant à éclairer par exemple les lampadaires aux alentours.
  • Le groupe Facility Architects de Londres étudie une solution de récolte des vibrations émises par les rames d’un métro.
  • En Israël, la société Innowattech teste à l’heure actuelle un tronçon de route piézoélectrique permettant d’alimenter le réseau électrique local via l’action du passage des voitures.
  • En France, le marathon de Paris 2013 a été l’occasion de mettre en place des dalles qui ont permis de récolter l’année dernière assez d’énergie pour éclairer la tour Eiffel pendant 2h.

En règle générale, si les applications de ce mode de production d’énergie ne cessent de se multiplier et que les avantages au niveau des territoires sont légions, des problématiques lourdes doivent encore être résolues.

En effet, les matériaux utilisés aujourd’hui sont encore trop onéreux et n’ont pas un rendement systématiquement suffisant pour rendre ces projets viables économiquement. Pire, les matériaux céramiques généralement utilisés ne sont pas écologiquement viables car ils utilisent des métaux lourds ou même rares…

Les recherches sur ce sujet s’intensifient et pourraient rapidement faire chuter les niveaux d’investissements nécessaires pour des rendements bien supérieurs à ceux présentés actuellement.

Ainsi, s’il est certain que ce mode de production d’électricité est bien plus qu’un phénomène de mode, il est encore trop tôt pour pouvoir affirmer que la piézoélectricité est la solution idéale permettant d’allier rendement et respect de l’environnement. Les acteurs locaux du territoire national vont devoir s’y intéresser de plus en plus au vue des possibilités que cette solution semble générer pour la production locale d’électricité.