Au XIXè siècle, Thomas Edison disait déjà qu’il fallait produire l’électricité là où on la consomme. A l’heure où les centrales électriques étaient en plein essor, on le prenait pour un fou. Deux siècles plus tard, nous nous rendons compte qu’il avait raison. Seulement, consommer localement ce qui est produit à proximité n’est pas chose aisée. Eclairage sur quelques projets smart grid développés en France.

Nous avons déjà vu que le smart est un moyen au service des territoires pour répondre aux objectifs énergétiques européens. À l’issue du débat sur la transition énergétique, force est de constater que la décentralisation des sources de production d’énergie liée aux énergies renouvelables (ENR) accroît le rôle et le pouvoir des collectivités territoriales. Chaque région a des spécificités qu’elle peut mettre en valeur au travers de ses projets smart.

Selon le recensement de la CRE (Commission de Régulation de l’Energie) , les trois régions françaises menant le plus de projets smart grid sont : Provence-Alpes-Côte d’Azur, Bretagne et Rhône-Alpes.

Pourquoi ces régions sortent-elle du lot ? Selon RTE, l’organisme chargé du transport de l’électricité, trois régions en France produisent actuellement moins de 10% de leur consommation : PACA, Bretagne, et Ile de France. L’Ile de France, étant au milieu des terres, ne présente pas de problèmes d’approvisionnement. En revanche, les régions PACA et Bretagne sont des péninsules électriques puisqu’elles se trouvent en bout de réseau électrique. Ces deux régions ont donc entrepris de nombreux projets smart qui leur permettent non seulement de rattraper leur « retard » en termes de sécurisation d’approvisionnement électrique mais aussi de prendre de l’avance sur les autres régions. Cela, la région Rhône-Alpes l’a bien compris. En effet, cette région est pour l’instant une des régions qui produit plus d’électricité qu’elle n’en consomme et pourtant, la fièvre smart l’a envahi.

 La plus ensoleillée : PACA

Le premier projet smart grid français fonctionnant en France a été initié en 2008 par Capenergies et la région PACA. Intitulé PREMIO (Production Répartie, Enr et MDE, Intégrées et Optimisées), le projet avait pour but d’être le « laboratoire de terrain » étudiant la maîtrise de la demande locale en électricité. Les expérimentations suivent plusieurs axes : la production et le stockage locaux d’électricité à partir d’ENR, l’effacement de bâtiment tertiaire, modulation de l’éclairage public sur la voierie et le stockage – déstockage de la chaleur ou du froid. Après 4 années d’exploitation, le projet PREMIO s’est arrêté fin 2012.

Après le prototype smart grid PREMIO, place au démonstrateur PREMIO+ . Ce projet, programmé de 2014 à 2016, devrait permettre de valider le modèle smart grids grâce aux atouts des 25 partenaires. Ce projet a pour but ultime d’élaborer un territoire autonome énergétiquement.

La région PACA abrite également le seul démonstrateur français participant au projet européen Grid4EU : « Nice Grid », piloté par ERDF. Démarré en 2011 pour une durée de 4 ans et testé sur 1500 clients résidentiels, professionnels et collectifs, ce quartier solaire intelligent vise à tester le fonctionnement d’une zone de consommation autonome qui profiterait pleinement de l’ensoleillement de la région grâce à une insertion massive de panneaux photovoltaïques et de moyens de stockage.

Bien d’autres projets smart grid sont développés sur le territoire PACA et l’ensemble tend à montrer que la région souhaite développer  son autonomie énergétique grâce à la filière photovoltaïque.

La plus pluvieuse houleuse : Bretagne

Tous les hivers, la Bretagne est menacée par le risque de black-out, c’est-à-dire des coupures d’électricité de plus ou moins longue durée. En décembre 2010, le « Pacte électrique breton » est signé par la région Bretagne, l’Etat, RTE, l’ADEME et l’ANAH.  Il repose sur trois piliers : maîtrise de la demande en énergie, développement des énergies renouvelables et la sécurisation de l’approvisionnement électrique.

Dans le cadre de ce pacte, EDF, via sa filiale de télé-services énergétiques pour particuliers Edelia, pilote le projet ENBRIN (ENergie BRetagne INnovation) qui a pour principal objectif de maîtriser la demande d’électricité grâce à des usages et des technologies innovantes. ENBRIN fait suite aux expérimentations hivernales du projet « une Bretagne d’avance » qui testaient l’effacement diffus. En effet, EDF pouvait piloter à distance le chauffage électrique des participants afin de le couper pendant de cours instants lors des pointes électriques.

L’intégration massive des ENR décentralisées et intermittentes est également un point crucial du projet. En effet, la Bretagne est particulièrement engagée dans le développement des énergies marines renouvelables (EMR)

 La plus urbaine : Rhône-Alpes

La région Rhône-Alpes est la seule qui possède un projet smart grid au stade de démonstrateur industriel. Il s’agit du projet « Smart Electric Lyon », piloté par EDF, expérimenté sur 25 000 clients du Grand Lyon. Depuis fin 2012, les 19 partenaires industriels et académiques du projet travaillent sur l’amélioration de la compréhension des comportements des consommateurs et de leur appétence pour de nouvelles offres tarifaires ainsi que sur l’intégration de nouvelles solutions techniques (système de gestion d’énergie, afficheurs, chauffages électriques pilotés, etc.)

Par ailleurs, le Grand Lyon, en partenariat avec NEDO (New Energy and Industrial Technology Development Organization), l’équivalent japonais de l’ADEME,  a lancé en 2011 « Lyon Smart Community » : un démonstrateur smart grid à l’échelle d’un quartier.  Ce démonstrateur, implanté dans le quartier de Lyon Confluence, comprend quatre volets développés simultanément : les bâtiments à énergie positive, les véhicules électriques, un système de suivi énergétique résidentiel et un outil de pilotage énergétique du quartier (« community energy management system »).

L’essor du smart dans la région doit en partie son succès au terrain favorable que constitue la communauté urbaine du Grand Lyon. Sa taille médiane en fait un terrain de jeu idéal pour les industriels qui s’essaient au smart, en témoigne le déploiement de Linky sur le territoire lyonnais. Par ailleurs, le développement des projets smart est un bon reflet du dynamisme politique et économique qui règne sur la collectivité.

La taille des terrains d’expérimentation des smart grids ne se limite pas aux communautés urbaines. Il existe également des projets à l’échelle de la France (ENR-Pool, Infini Drive, etc.) ou encore à l’échelle de l’Europe (Grid4EU, FENIX, etc.).Les projets smart grid se déclinent donc à toutes les échelles : de l’éco-quartier au continent. Pour Jeremy Rifkin, essayiste et économiste américain, l’enjeu des smart grid est de relier à termes, tous les territoires entre eux afin d’optimiser et de sécuriser la desserte électrique et de créer un « smart inter grid ». Interconnecter tous les habitants de la planète via les réseaux électriques sur le même modèle qu’internet constituerait même l’un des piliers de la 3ème Révolution industrielle…