Après un éclairage du smart-grid en trois questions, Energystream vous détaille l’une des applications concrètes des réseaux intelligents sur Songdo, ville hyperconnectée d’Asie du Nord-Est. Qualifiée de smart city et même d’U-city, Songdo est une initiative ambitieuse qui capitalise sur l’apport des NTIC pour répondre aux défis urbains actuels et futurs…

 

La ville du futur : quelles réponses de la smart city aux problématiques urbaines?

Concept encore mouvant, la smart city tente de répondre aux problématiques urbaines actuelles : croissance démographique,  lutte contre la pollution atmosphérique, consommation énergétique croissante, lutte contre les fractures sociales, intégration des nouvelles technologies…

Alors que les villes occupent aujourd’hui 2 % de la surface du globe, elles abritent 50 % de la population mondiale, consomment 75 % de l’énergie produite et sont à l’origine de 80 % des émissions de CO2.

Le concept de smart city repose essentiellement sur  l’apport des technologies de l’information.  La donnée et son accès en temps réel est au cœur du concept, elle offre une nouvelle expérience de la ville aux citoyens, institutions et entreprises. Elle redéfinit la gouvernance, les interactions, la mobilité et les espaces urbains. Eco-city, smart-grid city, U-city sont différents modèles qui recomposent les territoires pour apporter des réponses aux enjeux  clés de la ville intelligente.

 

Songdo : l’information en temps réel dans une ville d’ubiquité

Songdo, quartier hyperconnecté de 610 ha de la ville d’Incheon en Corée du Sud est un cas emblématique de la ville ubiquitaire. Ce projet partit de zéro est l’un des plus grands développements urbains réalisés par des fonds privés. Il a bâti une ville sur un terrain gagné sur la mer jaune, à proximité de l’aéroport international d’Incheon.  L’objectif est de faire de Songdo un centre d’affaires majeur d’Asie du Nord-Est qui devra accueillir à terme (2015-2018) 65 000 habitants et offrir 300 000 emplois, permettant ainsi de désengorger Séoul.

 

Ce nouveau quartier est centré sur l’individu, son accès permanent à l’information, son confort, sa sécurité et in fine son bien-être. Dans cette ville d’ubiquité les habitants pourront dialoguer en ligne avec les professeurs de leurs enfants, consulter un médecin par internet et accéder à l’intégralité des formulaires administratifs via l’écran plat de leur appartement.

Concrètement cette hyperconnectivité repose sur la mise à disposition de terminaux-capteurs sur tout le territoire et possédés par les individus, reliés en permanence à un ordinateur central, l’U-media Center, qui gère cet ensemble de données et contrôle l’intégralité des services de la ville. Autrement dit, c’est l’architecture informatique de la ville, qui devient aussi importante que son architecture politique en effaçant les frontières public-privé au profit de l’individu.

?? ?????? ?????

Cette architecture s’est construite sur un modèle collaboratif entre opérateurs télécoms (Cisco, LG), promoteurs immobiliers (Gale International, Morgan Stanley Real Estate) et acteurs du BTP afin d’intégrer les systèmes énergétiques et de télécommunications, au sein de l’habitat et des espaces publics. À Songdo, chaque foyer dispose de son panneau de commandes des fonctionnalités de l’habitat, les espaces et les véhicules sont équipés de puces RFID qui transmettent en temps réel des informations sur l’état des routes, le trafic, la survenue d’incidents permettant d’adapter en conséquences les transports, l’éclairage et d’informer les habitants.

L’information quasi-parfaite permet d’optimiser la gestion de ressources et notamment la consommation énergétique de la ville. À Songdo, 75% des matériaux de construction sont recyclés, les eaux usées et eaux de pluies sont collectées et traitées. Les déchets servent à produire de l’énergie après été pris en charge par un système central d’aspiration qui les achemine vers un incinérateur, évitant ainsi les systèmes de collectes par camions. Sur un canal d’eau de mer un système de taxi fluvial est proposé et le métro est sans émission de CO2. Les bâtiments informatisés sont aussi couverts de verdure et de panneaux solaires en toiture.

Enfin le paysage urbain se veut agréable et s’inspire du modèle occidental, il maximise les espaces ouverts et favorise la mobilité. Ville smart et agréable, Songdo dispose aussi d’un terrain de golf et d’un « Central Park » qui rappelle celui de New-York. Utopie urbaine finalement coûteuse qui attire à des prix bien supérieurs de ceux de Séoul, la population chinoise et occidentale.

 

Ville smart,  Songdo  sera-t-elle durable ?

Zone franche d’Incheon, Songdo est avant tout un quartier d’affaires qui veut orienter son développement sur les services de haute valeur ajoutée. Elle déploie des projets pilotes attractifs pour des leaders technologiques comme GE Healtcare, Siemens mais aussi des universités occidentales. L’utilisation des NTIC est au cœur d’une nouvelle gestion de la ville, mais ces technologies suffisent-elles à la rendre intelligente ?

Ce territoire structuré sur une architecture informatique pose la question de la transparence dans l’utilisation des informations et de l’engagement des citoyens acteurs qui participent à son développement.

Songdo est aussi remise en cause pour son manque de considération de la nature en Orient. D’autres initiatives en Corée du Sud comme celle de Saemangeum, ont pris le parti d’axer leur développement sur l’écologie et le développement durable des villes asiatiques.

 

Ville du futur, territoire d’expérimentation des grands leaders télécoms et du bâtiment, Songdo met en valeur le potentiel des nouvelles technologies pour améliorer le confort et la sécurité et gérer efficacement les territoires urbains. Si la Corée a beaucoup à gagner de ce projet pilote, Songdo devra assurer la mise en œuvre d’une démarche globale de développement durable en intégrant notamment  le développement humain au développement urbain.