Le récent rapport sur la compétitivité des entreprises a suscité de vives réactions notamment sur la question du développement du gaz de schiste. Alors que Louis Gallois voit en cette technique l’une des deux « richesses phares de la France » avec le nucléaire, Delphine Batho, ministre de l’Energie, considère que « d’un point de vue politique le débat sur le gaz de schiste est clos ». Voici quelques clés pour comprendre et se positionner dans le débat.

Qu’est-ce que le gaz de schiste ?

Le gaz de schiste fait partie des gaz « non conventionnels », c’est-à-dire des gaz dont la méthode d’extraction est différente de celle utilisée pour le gaz naturel. Il existe trois formes de gaz « non conventionnels » :

  • Gaz de schiste (shale gas) : Ce gaz est emprisonné dans le schiste. Cette roche est imperméable et située à des profondeurs de l’ordre de 3000 m.
  • Gaz de réservoirs compacts (tight gas) : Ce gaz est formé dans des argiles très profondes, et qui a migré dans des couches géologiques supérieures, plus denses.
  • Gaz de charbon : Ce dernier est emprisonné dans des poches formées au sein de veines de minerai.

Comment est-il extrait ?

Ces dispositions géologiques impliquent des méthodes d’extraction particulières. L’extraction n’est pas verticale comme pour le gaz conventionnel, mais horizontale. Pour extraire le gaz, il faut provoquer une faille à l’aide d’un liquide envoyé à très forte pression. Ce liquide est constitué d’eau en grande quantité (entre 10000 et 15000 mètres cubes par puits), de produits chimiques et de microbilles de la taille de grains de sable. Une fois la faille ouverte, le gaz est aspiré avec le liquide de fracturation. Les puits sont forés tous les deux à trois kilomètres pour une durée d’un à trois ans.

Schéma illustrant les techniques d’extraction pour les gaz conventionnels et non conventionnels. © Hélianthe

Quels sont les arguments pour le développement du gaz de schiste ?

  • L’impact climatique est a priori plus faible que le charbon. L’utilisation du gaz de schiste plutôt que le charbon serait donc meilleure pour diminuer l’effet de serre.
  • Aux Etats-Unis, l’afflux du gaz de schiste depuis une dizaine d’années a fait chuter les prix du gaz conventionnel. En France la production nationale permettrait sans doute de réduire la facture du gaz.
  • Le secteur des hydrocarbures non conventionnel est un grand générateur d’emplois. Aux Etats-Unis, 550 000 emplois ont été créés dans le secteur selon une étude du cabinet Deloitte.
  • L’enjeu est d’autant plus fort en France que notre territoire compte près de la moitié des ressources d’Europe de l’Ouest.

Quels sont les arguments contre le gaz de schiste ?

  • Ce mode d’extraction présente les risques suivants : contaminer les eaux souterraines, entraîner la chute de la quantité d’eau disponible dans les points de prélèvement, ou encore augmenter la salinité de l’eau.
  • Le risque de pollution de l’air par des composés organiques volatiles et des hydrocarbures engendrant des risques sanitaires, existe également. Certaines études comme celle du biogéochimiste Robert Hoarth de Cornell University, en avril 2011, expliquent que 4% à 8% du gaz de schiste produit aux Etats-Unis s’échapperait dans l’atmosphère. Or ce gaz est composé de méthane, avec donc un potentiel d’effet de serre beaucoup plus fort que le CO2.
  • Les territoires risquent d’être abimés par les installations des puits nécessaires à l’exploitation. Ces puits occupent quelques hectares. Ils nécessitent aussi un réseau relativement dense de gazoducs pour évacuer le gaz produit. Or selon l’American Estimation Association (AEA) « Il faut 50 puits de gaz de schiste pour produire la même quantité de gaz qu’un puits en mer du Nord ».
  • Le potentiel espéré est difficilement prévisible. Par exemple en Pologne, l’Institut Géologique du Pays vient de réviser fortement à la baisse une évaluation initiale de l’Energy Information Agency (EIA), en la divisant par 10. D’ailleurs après quelques forages préliminaires non conclusifs en Pologne, Exxon a décidé, en juin dernier, de ne pas y poursuivre l’exploration de gaz de schiste.

Dans les faits où en est le développement du gaz de schiste ?

  • Les américains sont aujourd’hui de grands producteurs de gaz non conventionnels. Alors que les Etats-Unis consomment 600 millions de tonnes équivalent pétrole de gaz par an, ils produisent 100 millions de tonnes équivalent pétrole par an de gaz de schiste, 200 millions de gaz de réservoirs compacts, et 50 millions en gaz de charbon (BP Statistical Review, 2012).
  • La Chine montre également un engouement très fort pour l’utilisation de ces nouvelles ressources. Elle a un potentiel d’extraction équivalent à celui des Etats-Unis (25 milliers de milliards de mètres cubes selon l’Energy Information Administration). L’objectif du ministère chinois de la Terre et des Ressources est d’extraire 6,5 milliards de mètres cubes d’ici 2015 et d’atteindre 60 à 100 milliards de mètres cubes cinq ans plus tard. Cette volonté a donné lieu à un appel d’offre ouvert à 83 sociétés, auquel notamment Total a répondu en partenariat avec Sinopec.
  • En France, le sujet a déjà fait l’objet de nombreux débats. Alors que l’Europe consomme 400 millions de tonnes équivalent pétrole par an, la production estimée en France serait de 10 millions de tonnes équivalent pétrole par an d’ici 10 à 20 ans. Trois permis d’exploration avaient été délivrés le 1er mars 2010 : Le « Permis de Montélimar » pour Total et Devon Energie Montélimar (4 327 km²), le « Permis de Nant » (4 414 km²) et le « Permis de Villeuneuve de Berg » (913 km²) pour GDF Suez en partenariat avec Schuepbach Energy. La loi du 13 juillet 2011 a finalement interdit, pour le moment, l’extraction de gaz non conventionnels.

L’engouement pour ce type d’exploitation est fort, notamment dans notre contexte économique. Nos ressources naturelles doivent être utilisées, mais l’environnement préservé. Par conséquent le développement du gaz de schiste ne serait raisonnable qu’après un approfondissement des recherches sur l’enjeu réel sur notre économie et surtout des recherches pour identifier les technologies qui permettraient de réduire les dégradations sur l’environnement.

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